-
Dominique vous nous parlez d’une exposition, décidément
aujourd’hui nous parlons beaucoup d’européens qui
sont installés ici…
DC : ah c’est vrai, mais oui…
- (…) et là, c’est une artiste en arts visuels.
DC : Effectivement : Françoise ISSALY, qui présente
des œuvres récentes à la galerie Port-Maurice qui
se trouve à la bibliothèque de l’arrondissement
de Saint-Léonard à Montréal, mais elle a exposé
quand même un peu partout ; elle a exposé à Montréal
au Centre Culturel de Verdun ; les Femmeuses en 2003, en 2002, elle
était de cette exposition collective là. Elle a exposé
en Allemagne, en France, dans la région de Châteauguay,
au Consulat français à Montréal ; donc elle est
quand même assez connue. Il y a une de ses œuvres qu’on
voit souvent, en tout cas que je vois tous les matins en allant travailler.
Elle se trouve prés de la rue Rachel sur la rue Saint-Urbain
; c’est cette orchidée gigantesque que l’on a installé
dans le cadre du projet Artevista ; ce sont des œuvres d’art
que l’on voit dans la rue, des grandes murales…
- ah oui oui
DC : et c’est une de ses œuvres qui se trouve justement
sur Saint-Urbain prés de Rachel. C’est une artiste qui
dit s’inspirer beaucoup de la démarche vers la voie du
milieu, enfin, un concept bouddhiste si l’on veut, sur cette
nécessité de créer un entre deux, un équilibre
précaire, un équilibre instable et elle s’intéresse
à cet équilibre qui se trouve sur le fil du rasoir.
Et elle s’intéresse au pouvoir de l’esprit de créer
des raccourcis pour donner un sens au choses, pour reconstituer les
parties manquantes d’un tout ; donc le spectateur a vraiment
un rôle actif, même si c’est très méditatif
à considérer, le travail qu’elle fait est un travail
qui porte à la réflexion, mais une réflexion
très active. La série que l’on peut voir à
Saint-Léonard est la série de Configurations. Elle travaille
beaucoup de façon sérielle, elle aime les déclinaisons
à partir de quelque chose, elle a toujours travaillé
comme ça. Dans toutes ses œuvres elle part dans une veine
et va l’exploiter au maximum et après elle passe à
autre chose, c’est très marqué chez elle. Tous
les artistes font un peu ça, mais chez elle c’est vraiment
marqué, surtout le côté sériel. C’est
des séries qui sont soit flexibles soit pas, c’est à
dire qu’il y a des configurations qui peuvent être transformées
selon le lieu d’exposition, selon la personne qui décide
de faire l’acquisition de ces œuvres là, enfin,
j’imagine qu’il y a tout un tas de facteurs qui entre
en compte et ce sont des acryliques sur papier marouflé sur
bois ou encore carrément sur toile qui sont, et chaque composition
est divisée en carrés et en triangles, séparées
par un espace de 2 à 3 cm, en fait c’est le fond, c’est
le mur et c’est disposé comme s’il y avait une
grille invisible, et il y a des parties manquantes.
- Et il peut y en avoir combien par exemple ?
DC : Cela peut aller de 5 ou 6 carrés, à 40
- Cela créé de multiples possibilités aussi.
C’est fascinant de savoir que l’artiste accepte que son
œuvre soit interprétée différemment selon
la personne qui va la posséder.
- DC : C’est l’un des caractères exclusif de son
travail. Je n’ai pas vu ça souvent chez des artistes.
D’ailleurs, elle se dit tout à fait disposée à
se déplacer pour aller installer l’œuvre chez l’acheteur
éventuel, pour justement s’adapter au lieu d’installation.
Et il y a même des Configurations Solo, alors je ne sais pas
si on peut les mettre à l’envers ou à l’endroit
mais dans ce cas là c’est peut-être un petit peu
plus simple.
L’aspect de ces tableaux là est assez fascinant. Dans
bien des cas elle essaie de reconstituer une espèce de forme
arrondie. Cela peut être oblong, rond, un peu déformé.
Il y a tout autour des espèces de tentacules, de filaments,
de membranes qui s’étirent et qui font penser à
des formes se rapportant à la biologie ou encore même
à l’astronomie. On se situe entre deux mondes à
vrai dire, entre l’infiniment grand et l’infiniment petit,
et les formes rappellent ça. Cela pourrait être tout
autant une planète qu’une cellule. Il y a un halo blanc
qui entoure ces formes arrondies là, cela pourrait être
autant le halo que créé le microscope lorsqu’on
regarde une cellule…
- avec ce morcellement aussi
DC : …que la couronne qui se trouve autour du soleil. Les filaments
; cela pourrait être des tas de choses, cela peut être
un réseau neuronal, cela peut être effectivement les
filaments des nébuleuses. On va vraiment sans arrêt de
l’infiniment grand à l’infiniment petit.
Les coloris sont très organiques ; on va dans les teintes de
brun brûlés (…), beaucoup de couleurs très
très chaudes, très intenses ; des beiges, des kakis,
et ce qui est fascinant c’est le procédé qu’elle
utilise pour appliquer la couleur. Elle met une espèce d’agent
texturant très sablé qui fait en sorte que pour ce qui
est des couleurs claires on a l’impression qu’elle utilise
un pigment de nacre. Tant et si bien que quand on contemple le tableau,
il y a des formes très mattes, très sombres qui ressortent
et le fond qui éclaire un peu. Qui semble nacré. On
a l’impression que la toile est illuminée par en arrière.
Tellement que moi je m’y suis trompée ; je veux dire
que je me suis rapprochée de la toile pour regarder: mais d’ou
sort la lumière ? J’ai réalisé que cela
sortait de la toile. Alors, j’étais vraiment emballée.
J’ai trouvé ça très intéressant
comme procédé et c’est une utilisation très
pertinente justement de ces pigments. Car justement ces pigments de
nacre sont souvent utilisés à tord et à travers
; y’en a qui en font une signature de leur travail, il y en
a qui donnent un côté ‘joli’ aux œuvres
parce que c’est un petit peu plus spectaculaire, c’est
comme lorsqu’on ajoute du brillant à des tableaux, ça
a un petit côté mauvais goût, mais dans ce cas
là ça va vraiment travailler le jeu de la profondeur
parce qu’on a l’intensité, la matité d’un
côté et le côté nacré de l’autre.
- Un peu comme une pierre pourrait donner comme impression
DC : Exactement, ben oui, cela fait partie du réel, cela fait
partie de l’organique, même si c’est du minéral.
D’ailleurs, il y a un côté très minéral
à ce qu’elle fait, et c’est une exposition qui
est présentée jusqu’au 31 janvier prochain ; c’est
à la bibliothèque du grand complexe culturel de Saint-Léonard,
après quoi, ben, elle va revenir certainement, Françoise
ISSALY, mais elle est allée s’installer, la chanceuse,
devinez ou ? En Californie.
- Que c’est triste en ce mois de janvier. On peut la comprendre
mais en tout cas, elle nous a laissé ses œuvres en attendant
et c’est tant mieux. Merci beaucoup Dominique.
DC : au plaisir.