Francoise ISSALY
Démarches


Inner Outer Circles


Dans ma série Inner Outer Circles, j'explore l'illusion de l'espace bidimensionnel de la toile en jouant sur la superposition d'espaces multiples. Grâce à l'utilisation de la technique des glacis, les différents espaces restent perceptibles sans cependant se contredire. Cette technique me permet de jouer à l'infini avec les superpositions et d'utiliser d'autres médiums comme le papier, les impressions, mélangeant ainsi les médiums et les techniques.
Les formes que j’utilise dans mon travail sont des formes ou des signes que je trouve dans la nature autour de moi. Ils peuvent être plus ou moins reconnaissables, et dans le cas de cette série j’ai exploré le trident (inspiré de minuscules squelettes d’éponges marines) et de cercles évoluant en spirale (Julia des « agroglyphes » trouvés dans les champs britanniques ; aussi appelé « Crop Circles » en anglais). Ces deux structures, bien qu’en apparence contradictoires, m’intéressent : Je combine l’immense avec le minuscule pour travailler, au delà de la forme et du contexte, à la structure même de la composition et son développement ; Jouant sur les espaces intermédiaires, équilibrant les avants et les arrières plans. La composition ne se fait plus uniquement sur la surface plane de la toile, mais en profondeur, étape par étape, plan par plan, couche par couche.




Les Migrateurs

Dans la tradition bouddhiste tibétaine, les Migrateurs représentent les êtres humain dans leur progression d’une vie à l’autre, d’une renaissance à l’autre. Dans le cas de mon installation, j’ai utilisé mes Migrateurs pour symboliser cette quête de soi, ce mouvement entre les différents lieux où j’ai vécu, et en particulier ma progression dans le monde. M’interrogeant sur les concepts d’appartenance et d’identité.
En créant une série d’œuvres peintes en trois dimensions dont l’aspect est quelque peu « étrange », j’ai construit une « famille » de 19 objets peint qui ont envahit le mur sur lequel je travaillais. Leur aspect à la fois étrange et biomorphique leur donne une présence énigmatique.
Lors de ma propre migration à travers les Etats-Unis et le Canada en 2005, j’ai voulu qu’une partie de la « famille de mes Migrateurs » migre à travers le continent Nord Américain, comme nous migrons d’une vie à l’autre… comme nous passons d’un état à un autre, et j’ai profité de mes haltes dans différents États américains pour mettre en place des installations extérieures, et les documenter. Il en est résulté une série de photographies qui sont les témoins visuels de cette migration à travers l’espace et le temps.





Configurations


M’inspirant du concept bouddhiste de la voie du milieu et de diverses autres traditions mystiques, je crée un espace visuel où se chevauchent plusieurs réalités. Je cherche ainsi à exprimer une certaine difficulté de se tenir entre deux, dans la contrariété pure, dans l’oscillation, le flottement et de maintenir une forme de distorsion.

Plus que de chercher à déstabiliser le spectateur, je questionne le pouvoir de l’esprit et les raccourcis que celui-ci peut prendre afin de résoudre un problème ou une énigme. En effet, dans mes œuvres les plus récentes nous pouvons voir comment en dépit de parties manquantes (voir Petite Configuration I) l’esprit re-crée la forme suggérée; de mémoire il rempli les blancs, alors que tout autre chose pourrait se passer dans les espaces vides. Ailleurs, dans Configurations I et II, l’esprit est là aussi mis à l’épreuve, mais cette fois les lignes ne se suivent pas forcément d’un fragment à l’autre et cela crée un inconfort, un déséquilibre qui laisse comme suspendu dans un espace intermédiaire; sans réponse.

Depuis plusieurs années ma recherche procède par superpositions de couches (couleurs et médiums) et par fragmentation de l’œuvre. Ces deux actions me permettent d’investir deux espaces simultanément; l’espace imaginaire (illusion de profondeur) et l’espace physique. A la manière des plis de Deleuze , mes espaces se multiplient, se déplient dans toutes les directions; physiques, mentales, spirituelles. Chacune de mes compositions est divisée en carrés (triangles et cercles) qui semblent individuellement liées les uns aux autres et pourtant séparés par un espace neutre, le mur. Tout se passe au niveau des rencontres, des correspondances, des manques et des espaces suggérés.

Françoise Issaly



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